Je continue de m'étonner. Après deux records explosés en 2012 sur marathon et semi, après 20 années de course à pied, et un âge certain, ou un certain âge, je continue de progresser. Et oui, le coureur est un peu obsédé par ses performances : il cherche à améliorer ses records sur des distances officielles, pour ça il a le choix : 5 km, 10, semi, marathon, 100 km et puis il peut aussi comparer ses chronos d'une année sur l'autre dans les trails, bien que les comparaisons soient à prendre avec précaution, car les circuits peuvent légèrement changer, les conditions de terrain aussi, mais reste un point de comparaison, le place dans le classement. Pour ce qui me concerne, c'est ce qui s'est produit ce WE à l'occasion des départementaux de cross. En principe, je les fais tous les ans, et il faut reconnaître qu'en janvier, juste après les fêtes, c'est pas facile. On a bien quelques kilos en plus, un peu d'entraînement en moins avec les abus de Noël et Nouvel an et en général, ça rame un peu. De plus, le terrain à Palmer, pour l'avoir connu il y a quelques années dans des conditions apocalyptiques, à savoir un terrain très, très gras, avec des ornières où l'on s'enfonce jusqu'au genoux, où à chaque virage on est limite de se casser la binette, la pluie pour corser le tout, bref une horreur, vu la météo de samedi et la grisaille du matin, j'étais plutôt inquiète et moyen motivée. J'arrive donc sur place assez tôt pour voir la première course, celle des vétérans hommes, afin d'encourager les copains, s'enchaînent ensuite les autres courses, celles des jeunes catégories, puis le cross court, arrive enfin notre tour. Nous sommes une belle équipe de filles du club. En plaisantant, sur la ligne de départ, j'interpelle la grande championne Marciana Mukamurenzi, 54 ans tout de même et trois Olympiades à son actif, en lui disant qu'elle est mon objectif du jour! Dans mon fort intérieur, je sais bien qu'elle m'est encore inaccessible, même si depuis quelques années, ses performances diminuent un peu, mais enfin, légèrement. Dès le coup de pistolet, ça part vite, comme à chaque fois, j'essaie de ne pas me faire emballer, le premier km est toujours facile et on ne se rend pas compte qu'on est en train de se griller. Je me cale derrière Marciana, je sais que je ne dois pas la doubler, elle sait ce qu'elle fait, elle a une grande expérience. Nous avons trois tours à faire. Dans le second, je la passe, puis elle revient, se plaint d'une douleur au genou, je l'encourage mais lui dit de ne pas se blesser tout de même, je sais aussi qu'elle peut s'accrocher comme une furie et finir devant moi, en fait, je ne crois pas du tout que je peux la battre. Elle a une telle hargne! Petit à petit, je prends définitivement l'avantage, j'ai doublé des filles qui habituellement sont devant moi, à l'approche de l'arrivée, j'entends le speaker annoncer Karin Sanson, une autre grande championne, grande traileuse, je suis étonnée d'être si près d'elle. Je franchis la ligne, je suis contente de ma course, mes copines de club arrivent, je me rends compte que j'ai un écart plus important sur elles que d'habitude, au final je me classe 11è sur 60, alors que je plafonnais plutôt à la 25è place environ. Je n'ai rien changé à mon entraînement, je ne fais pas plus de km, bon, certes, l'an passé à la fin janvier j'ai pris le taureau par les cornes pour reperdre les kilos supplémentaires accumulés depuis quelques années, mais là, j'en ai quand même repris 1,5 cet automne. Je jure, je ne me dope pas, j'aime manger et boire les bonnes choses. Simplement, dans mon expérience de coureuse, je me suis aperçue que parfois on passait des paliers importants, comme si on gravissait d'un coup trois marches au lieu d'une, les explications peuvent être multiples, mais sont-elles vraiment plausibles? La dernière fois que j'ai passé un gros cap, c'était en 2004 avec 8' de gagnées sur le marathon, alors que l'année précédente j'en avais déjà gagné 5, et cela faisait déjà 4 ou 5 marathons que je m'archarnais à gagner 2/3' et que je n'y arrivais pas. Bon, je consens avoir changé quelque chose à l'époque dans mon entraînement et avoir fait "plus dur". Mais bon, ce n'est pas une explication suffisante, car le "plus dur" il faut pouvoir le faire et le digérer, et ça ne passe pas toujours.
Je suis sur un petit nuage, pourtant, je n'ai pas fait de podium, la course n'a duré que 27' petites minutes, c'était à côté de la maison, donc pas de dépaysement, et je suis très loin des 50h et quelques que je vais passer à la Réunion. Mais à mon âge qui serait plutôt celui de la maturité et donc du sérieux, je me sens comme une petite fille qui a gagné devant ses camarades de classe qui étaient habituellement devant. Le sport permet de laisser s'exprimer l'enfance qui est toujours en nous, il nous permet d'oser, de nous amuser, nous dépasser, nous mesurer. Les responsabilités d'adulte sont tellement pesantes, qu'il est bon de trouver un échappatoire pour oublier ce qui pèse, et de se sentir léger et insouciant.
Pour ce qui concerne Marciana, certes je l'ai battue, elle a finit la course, mais dans quel état je l'ai retrouvée après. Elle ne pouvait plus poser le pied, et ça ressemblait plutôt à une déchirure.
Prochain épisode le WE prochain, dans la neige, ce sera le trail du Sancy (30 km).
Bravo pour ce très beau récit!!!
RépondreSupprimerC'est de + très encourageant pour l'évolution des performances possible à tout âge!
Valérie F