mercredi 10 août 2016

Transpyrénéa : l'enfer de l'Ariège

Après mon premier jet, à chaud je dirais sur mon périple pyrénéen, où seules les derniers 8 jours jours étaient bien en tête, je me dois de revenir sur la première partie et surtout sur l'épisode ariégeois, tant redouté. Christian m'avait prévenu, c'est un terrain compliqué et paumatoire. Et pour renforcer ses dires, les recos d'Aurélien Simonet et Charly Lajus ont fini de me saper le moral. Aurélien s'est perdu plusieurs fois et Charly, avec des conditions météo pourries a bien galéré aussi. J'ai donc abordé cette seconde partie avec pas mal d'angoisses. Heureusement pour moi, depuis le lac des Bouillouses j'avançais en binôme avec Marc Durand de Bayonne. Mais tout d'abord un petit retour sur la première partie, pour me remémorer la course. Au Perthus, tout est parti assez vite, beaucoup ont couru, pour ma part, j'ai choisi de surtout marcher.



La canicule était là, j'avais une capacité de 2,5L, ça a été parfois un peu limite, mais ça a tenu. Arrivée au premier CP, le Moulin de la Palette, bonne restauration avec Alex dont j'ai fichu en l'air l'assiette de pâtes, et puis évidemment une bonne bière, puis c'est la descente un peu technique sur Arles où je décide d'installer mon Tarp sur le minuscule carré de pelouse à l'extérieur de la salle qui nous accueille. Nous serons trois. La musique est à fond, je n'arrive pas à dormir et fini par me relever pour demander à Cyril d'arrêter la musique. Je repars tôt dans le matin, Géraldine Leroy se prépare aussi à repartir, Géraldine que je croiserai en permanence tout au long de cette course. Je fais route avec un gars de Nouvelle Calédonie qui s'est chopé la crève et qui n'arrête pas de tousser. Au CP de Batère, mon ventre crie famine, il est très tôt le matin et j'aperçois des sardines, j'en ferai une bonne ventrée. Alex et Vincent Hullin arrivent peu après, un gars est sur une civière, déshydraté, il sera évacué. L'aventure se termine déjà pour lui. Je repars seule, et bientôt, c'est Aurélien Simonet qui revient sur moi, je suis toute étonnée, il reste un peu avec moi, on discute, puis il prend son envol.


Arrive enfin le refuge des Cortalets. J'ai faim, et d'autre chose qu'un lyophilisé. Il fait beau, nous sommes pleins de coureurs ici. Ce sera sandwich, bière, et réfection pansements. Charly et Denis arrivent un peu plus tard.  Je repars, seule encore, puis un gars me rejoint, on papote, et puis il file. Je continue le chemin et loupe une bifurcation. Je recherche les traces du GR, ne trouve rien. un coup en arrière, à nouveau un autre en avant, un oeil sur mon électronique, je m'obstine sur un chemin qui n'a pas l'air d'être le bon et je finis par remonter et remonter. Quelle conne! j'ai loupé une bifurcation qui était bien indiquée...voilà ce qui nous fait faire des erreurs, l'esprit qui divague. Une bonne demi-heure de perdue au moins, j'enrage. Je me retrouve Charly non loin devant, il file de plus en plus vite, je ne peux suivre. Puis me voilà dans les cailloux infernaux du Canigou, quel enfer ce truc, mais que c'est beau aussi. 


Je rejoins le CP de PY, je suis vidée et pas bien. Gisèle et Jean-Paul sont là, ils s'occupent de moi, franchement, j'ai mauvaise mine. Après quelques calories, ça va mieux, je me couche et je repars vers 4h du matin, direction le col de Mantet. S'ensuit un peu plus loin un mur vertical bien costaud! Et un autre un peu plus loin. 

On passe un refuge, arrêt boisson, bière + saucisson et fruits secs. On a beau demander des omelettes, on ne veut pas nous servir, il n'y a pas ce qu'il faut, et pourtant il y a des affamés.  Puis c'est l'arrivée sur Bolquère où je retrouve Huguette et où je prends le temps de bien me restaurer. Ensuite, montée vers les Bouillouses et rencontre avec Marc. Nous repartons à 3h du matin environ, les crapauds nous accompagnent, La progression est facile jusqu'à la cabane de Rouzet où nous trouvons des concurrents qui ont bivouaqué et qui se sont caillés. Nous progressons avec un couple de néerlandais et le refuge de Bésines qui nous semble pourtant pas si loin sur la carte, n'arrive que très tard, vers 9h peut-être.


Stop restauration, café au lait, et fruits secs.  Marc décide de rester davantage, pour ma part, je repars. Certains coureurs font demi-tour, ils ne trouvent pas bien le chemin, entre ce qui est sur la trace GPS et sur le terrain, il y a des hésitations. Je leur explique que nous sommes sur le bon chemin. Le mauvais temps se fait de plus en plus menaçant, il faut sortir le poncho, et j'atteins enfin le col qui me fera basculer sur Mérens, la première base de vie. ça comment à pêter dans tous les sens, je ne suis pas rassurée, je file comme je peux dans cette descente caillouteuse, herbeuse, glissante avec le tonnerre qui gronde. Grand moment de solitude, personne devant en vue, personne derrière. J'en mène pas large, mais il faut arriver en bas, et cette descente n'en termine jamais. Enfin la base de vie, le soleil est de retour, la course a été neutralisée 2h, je retrouve Charly et Denis en attente du feu vert pour repartir. Marc arrive un peu plus tard. Je repars seule, il y a un gros dénivelé à s'avaler, Alex et Vincent me rattrappent, puis nous arrivons dans un énorme chantier d'éboulis, ça n'en finit pas, mon corps montre quelques signes de fatigue, je me prends dans les cailloux, je finis pas tomber et casser un brin de mon bâton. 
Tant bien que mal, j'atteins le refuge du Rhul où nous sommes super bien accueillis. Marc arrive un peu plus tard. Je me fais mon lyophilisé, avec un bière. Le refuge n'arrête pas de servir les coureurs, je décide de dormir ici, au milieu des japonais qui sont là aussi. Vers 4h, nous repartons dans la nuit avec Marc, il y a du brouillard et ma frontale se met à déconner. Je change la batterie, ça va pas mieux, je mets la petite avec laquelle je ne vois pas grand chose. Marc me prête un petite loupiote, bien efficace et nous progressons sur ces crêtes caillouteuses quand enfin le jour se lève et le terrain devient plus roulant. Il pleut, il y a toujours du brouillard et nous tombons sur une cabane de berger que nous investissons pour nous réchauffer un peu. Nous y trouvons deux randonneurs sur le GR10 qui dorment au sol. Nous partagerons un café, quelques discussions et au bout d'une heure, nous repartons.


 Nous arrivons enfin sur le plateau de Beille où nous retrouvons quelques coureurs, les japonais et Karin Sanson entre autre. Grosse halte restauration avec une bonne omelette lardons et salade et bière ou café, enfin je sais plus. Réfection pansements et c'est reparti. 


Nous attaquons l'enfer vert ariégeois, à savoir des successions de montées raides dans la forêt, suivies de descentes toutes aussi raides. Le panorama est fermé, les vallées sont étroites, pas beaucoup de vie ici et nous ne croisons quasiment pas âme ou village qui vive. Nous serons un bon groupe à progresser ensemble, Frédéric Goumard est parmi nous. 

Dans la montée au col, une charmante bergère propose ses fromages, dessert maison et thé. Marc fait un arrêt, moi ça ne me dit rien, j'ai assez mangé. J'en profite pour appeler mon amie et donner des nouvelles. Nous filons dans la descente sur Siguer, Fred fait un stop. Petite halte à Siguer, en fait nous sommes quatre (Cédric, Tony, Marc et moi) à la recherche d'un troquet pour boire une bière. Il n'y a rien à l'horizon. Les deux garçons repartent assez vite en direction du prochain CP tandis que Marc et moi décidons de faire une bonne halte ravito au bord d'un cours d'eau pour recharger les batteries. Nous tomberons sur des assistants qui nous donneront un petit coup de main, et un habitant local qui exprès ira nous chercher deux bières dans sa grange, je crois même que je réussirais à me trouver une clope. Quel bonheur et quelle gentillesse avant d'attaquer le final vers le CP de Goulier.  Festin énorme pour se restaurer, bière en plus évidemment, c'est trop top, je fais un peu la connaissance de Tony et Cédric. J'irai dormir sous un tente, après une vraie douche, la deuxième seulement depuis le départ, tandis que Marc profite d'une nuit dans un bon  lit. Petit déj au top et c'est reparti. Je repars avec Marc et nous attaquons les parties avec "coupes" autorisées par variantes. Nous arrivons sur le magnifique village de Marc où nous croisons l'épouse de Charly qui nous offre quelques fruits, ça fait du bien. 



Un peu plus loin, nous arrivons sur le magnifique site de Bassiès qui a un goût de Néouvielle. Bonne pause au refuge avec omelette, crêpe, bière. Les coureurs défilent, le refuge fait le plein avec les coureurs qui défilent depuis deux jours,  ils sont sympas. Il y a un jeune coureur qui a une pèche d'enfer, je ne sais pas s'il sera aller au bout, mais ça a l'air de rouler facile pour lui. On le croisera plusieurs fois, toujours frais comme un gardon.



Cette fois, nous repartons à trois avec Cédric, Tony ayant un coup de mou depuis un moment.  


C'est toujours de plus en plus difficile et la progression de nuit sous la flotte, dans les cailloux devient infernale avant que nous ne décidions de nous arrêter au col d'Escots pour bivouaquer et finalement rejoindre le CP que le lendemain matin. Le bivouac spartiate se passe sur la terrasse d'un chalet de montagne sur les pistes. Chacun s'organise son campement, je suis dans un petit coin, bien au chaud. Lever vers 4h probablement, petit déjeuner frugal et nous voilà repartis vers le CP d'Escolan. Que nous avons eu une bonne idée de nous arrêter là au col pour y passer la nuit! La descente est infernale, glissante, je n'arrête pas de tomber, mes chaussures n'accrochent plus rien et j'arrive rincée au CP où je retrouve Gisèle et Jean-Paul. La restauration du matin est faite de tout et n'importe quoi : café/tartines, ou soupe et pâtes, c'est selon les envies de chacun. J'opte pour un énorme petit déjeuner, puis c'est le soin des pieds et nous repartons pour une nouvelle journée sous le soleil. J'en profite pour appeler ma maman et lui donner quelques nouvelles fraîches. La journée sera bien sympathique, rythmée entre montées plus tranquilles et descentes plutôt agréables, jusqu'au moment où nous tombons sur une invitation insolite. Au beau milieu du sentier, une table avec un gros parasol, qui abrite fruits, boissons, barres chocolatées et une boîte en fer pour y déposer les sous. Nous faisons un stop et je me sers une bière. C'est l'improbable gîte du Rouzé. Puis nous décidons d'aller voir le berger, qui nous invite dans le gîte et nous prépare une méga assiette de charcuterie, fromage et tomates. Un énorme régal. Un joli canapé nous invite à la sieste et nous nous écroulons. Mais peu de temps après, il faudra bien se réveiller pour repartir, on serait bien restés davantage. 






Nous repartons ensuite pour une longue session qui se termine par de nombreux km de route pour finir au CP d'Aunac. Juste avant d'arriver, nous croisons Roberto le sicilien, en grande souffrance, tongs aux pieds. Celui-ci aussi, je l'aurai croisé quelques fois.Je m'envoie deux grosses assiettes de pâtes et une bière, évidemment, puis douche et dodo sur un matelas jeté parterre au milieu d'une bonne quinzaine de coureurs qui écrasent. Roberto, arrivé un peu après nous, a continué son chemin, incroyable son fonctionnement, je ne sais pas s'il a un peu dormi sur cette course, car en plus, il s'est souvent perdu et a fait un certains nombre de km supplémentaires! Nous repartons au petit matin, et progressons avec d'autres coureurs, qui comme moi ont des poteaux à la place des cuisses. Et oui, je ne comprends pas, mes cuisses ont triplé de volume, c'est à peine si je peux encore les plier, et visiblement, je ne suis pas la seule.


 On m'a conseillé d'enlever les booster, ce que je fais. Tony et Cédric sont devant, de mon côté je suis à la peine et Marc aussi. A tel point que je suis obligée dans une descente de m'arrêter pour dormir un peu. Marc a fait de même un peu plus tôt. Nous arrivons enfin à la maison du Vallier, apprenons que Roberto est perdu dans la montagne. Cédric et Tony ont fini de se restaurer, je vais me prendre une bonne assiette, Marc préfère se faire soigner les pieds au CP. 




                                             Pause réfection pansements sur un col. 




Nous repartons et ce qui nous attend pour finir la journée est dantesque : deux montées et deux descentes de 1000m de D+. Je suis en forme et je trace toute seule, arrive la dernière descente, dans la nuit, un enfer! Je croise les assistants de Marcel le Belge qui remontent la montagne. Mais que vont-ils lui apporter? Le refuge d'Eylie n'arrive jamais, j'ai un mal de chien aux pieds, et je rayonne quand enfin je tombe sur le refuge. J'y trouve Tony et Cédric qui finissent de manger, un indonésien en perdition, parterre, qui n'a pas mangé de la journée. Je lui donnerai la moité de ma ration. Marc arrive un peu plus tard. Nous nous installons parterre au milieu de la salle à manger. les arrivées se succèdent, et au lever, je constaterai que nous étions bien nombreux parterre.



Une fois tout remballé, c'est reparti, le petit déj a été frugal et je me languis le prochain refuge (Jacques Husson) où nous arrivons vers 9/10h. Défilé d'omelettes, j'en prendrai deux + une bière! 


La descente est longue est fastidieuse jusqu'à Fos, avec une portion de route qui fait bien mal aux pieds. Marc s'arrêtera là. Des ampoules critiques et une tendinite qui fait de plus en plus souffrir. Je choisis de me reposer 2h et dormir un peu, il reste un col à monter et une descente pour atteindre la base de vie avant 5h. Je repars vers 20h je crois, j'ai croisé Roberto entre temps. Me voilà seule dans la montagne. A proximité du col, je vois deux frontales redescendre, ce sont des égarés qui jardinent depuis une heure. Grâce à ma trace et Iphigénie, nous nous en sortirons et atteindrons enfin le col de Bacanère. Petit arrêt restauration, je repars assez vite, pensant que les deux jeunes me rattraperont bien vite. Mais je ne les reverrais pas. J'arrive enfin à la BV2, il est presque 5h. Cyril me donne son feu vert pour continuer. Ouf, je vais m'écrouler dans une tente pour dormir. 
Et j'en profite pour prendre une photo de mes pieds qui ont macéré dans l'humidité. Malgré leur apparence, ils vont bien. 


Voilà pour ce qu'il en est de ce récit de ces deux premières parties. Quand on y pense! Mais combien de km par jour, combien de cols, combien de nuits à la frontale? Dans la vraie vie, on ne ferait jamais ça. La course et le challenge nous conduit au dépassement et on se retrouve à faire des choses que l'on aurait jamais imaginer, les peurs qui nous habitent habituellement sont volatilisées et on avance comme si on était dans un terrain sécure. L'électronique nous rassure, enfin moi au moins, je n'ai jamais eu vraiment peur, sauf quand l'orage grondait, je me suis parfois sentie minuscule au milieu de cette immensité, notamment dans ces paysages grandioses et hostiles du Canigou ou du refuge de Rhul. L'Ariège m'a oppressée, les montagnes sont étouffantes, on a du mal à voir le ciel, c'est vert, très vert, abrupte, très abrupte. J'ai eu la chance de ne jamais m'y perdre ni de confondre les GR. Là encore, merci à l'électronique. Tout m'est apparu plus cool dès lors que j'ai passé Luchon. J'arrivais en terrain connu et j'allais trouver petit à petit quelques copains et copines. Les vues se sont faites plus dégagées, les vallées plus larges, j'arrivais sur le GRP, puis sur mes terrains d'entraînement que sont le Néouvielle, l'Ossau, et enfin le pays basque. Il n'y a qu'Iparla que je craignais un peu,à cause du brouillard et pour cause, ça m'a valut une fracture du radius. 
Au final, quelle belle expérience, même si 5 jours après, mes pieds sont toujours un peu douloureux. Je suis très fière d'avoir réussi ce challenge de dingue, d'avoir participé à cette première qui je l'espère verra d'autres éditions. Merci encore à Cyril et à tous les bénévoles et bravo à tous les coureurs qui ont pris part à cette épreuve, qu'ils aient ou non fini. Car il en fallait pour y aller sur cette Transpyrénéa. 

5 commentaires:

  1. c'était un plaisir de te rencontrer Nathalie :-) Malheureusement je n'ai pas eu l'occasion de continuer après le BV2, mais je suis content que je suis reparti de la Belgique pour voir l'arrivée de mes 2 copains Christo & Xavier, et toi, à Hendaye...
    Slts, David #13

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  2. Bravo Nathalie ! on a suivi ta progression sur le site et sur FB mais lire ton récit donne encore plus de saveurs à ton exploit. Toutes nos félicitations et bon repos pour une rentrée en pleine forme !
    Carole et Olivier INGOUF

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  3. Jolie récit... Ha cette satanée musique à fond sur les ravitos, quelle plaie ! Bravo en tous cas !

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  4. Il y a un vrai fil conducteur dans cet enfer ariégois : c'est la bière :) Quelles sont les mystérieuses vertus de ce breuvage ?

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  5. Emilie, alors 1. la bière désaltère, ça a bon goût, je déteste les sodas.2. C'est comme une récompense après un effort difficile. (oui, je sais, on donne les récompense aux animaux pour qu'ils continuent à faire ce qu'on leur demande). 3. ça motive pour continuer et aller chercher la prochaine bière!

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